Lundi 14 juillet 2008 1 14 /07 /Juil /2008 01:04

    "Pour Simone Weil il n'y a pas de mouvement ascendant, rien en nous ne nous permet de monter, si ce n'est par l'effet second d'un mouvement descendant. Au fond, ce qu'on appelle la grâce, c'est cela : cette capacité non pas que nous aurions de nous élever, mais qui nous élève, parce que venue d'ailleurs, de plus haut, de Dieu. C'est donc la descente de Dieu vers nous qui permet par la grâce de remonter vers lui" (S.W. Le grand passage, p.19). En d'autres termes, il n'y a pas à chercher en soi ce qui nous serait une aide pour monter et atteindre Dieu. C'est la pesanteur qui règne en l'homme, et toute tentative est peut-être l'effort de l'imagination, dont on sait ce qu'en dit Simone Weil : "L'imagination travaille continuellement à boucher toutes les fissures par où passerait la grâce" (La pesanteur et la grâce). L'imagination, ici, est en lutte contre la grâce, ouvre es horizons qui en sont précisément l'empêchement.
    Lorsque je dis avec Simone Weil que je n'ai pas à chercher en moi de quoi monter, c'est finalement et essentiellement au désir que je fais référence. "Si chacun refusait de se mentir, si chacun était authentique, il devrait comprendre que la satisfaction de ses désirs ou de ses espérances, loin de le rendre heureux, le vouerait à une perpétuelle insatisfaction. C'est aussi ce qu'elle appelle la puerté ou la chasteté, puisque le seul désir chaste est un désir qui n'est pas orienté vers l'avenir" (S.W. Le grand passage, pp.20-21).
    De même : "Toute recherche d'un plaisir est recherche d'un paradis artificiel, d'une ivresse, d'un accroissement. Mais elle ne nous donne rien, sinon l'expérience qu'ele est vaine" (La pesanteur et la grâce). Nous devons donc être purifié de tout désir et de toute espérance. C'est l'athéisme purificateur ou le "refus de concéder quoi que ce soit à l'espérance, à la superstition, à ce que vous avez appelé la religiosité, c'est-à-dire la religion en tant qu'elle n'est que l'expression de nos désirs, de notre égoïsme et de nos angoisses" (S.W., p.22).
    Il y a une manière de concevoir la religion qui satisfait davantage au désir humain, c'est-à-dire à la pesanteur et qui est en fait la négation de la religion authentique. Cette religion hautement méprisable "satisfait [...] fantasmatiquement nos espérances les plus fortes, et il y a donc tout lieu de penser qu'elle n'a été inventée que pour satisfaire ces espérances, qu'elle entre ainsi exactement dans la logique de l'illusion telle que Freud l'a définie, à savoir une croyance dérivée des désirs humains" (S.W., p.23). S'il y a un athéisme qui purifie, c'est qu'il s'agit bien de se nettoyer de nos désirs trop humains, tout en refusant fermement à soumettre la foi (qui n'est sans doute plus ici que croyance vague) à ce que je désire.
    "Preuve ontologique expérimentale. Je n'ai pas en moi de principe d'ascension. Je ne puis que grimper dans l'air jusqu'au ciel. C'est seulement en orientant ma pensée vers quelque chose de meilleur que moi, que ce quelque chose me tire vers le haut. Si je suis réellement tiré, ce quelque chose est réel. Aucune perfection imaginaire ne peut me tirer en haut, même d'un millimètre. Car une perfection imaginaire se trouve automatiquement au niveau de moi qui l'imagine, ni plus haut ni plus bas" (La pesanteur et la grâce). Texte remarquable qui privilégie l'expérience, et qui rejoint une image que Jean Brun utilise dans son oeuvre : celle du baron de Münchausen qui, alors que son cheval est pris dans un bourbier, essaye vainement de s'en sortir en tentant de se tirer lui-même par les cheveux. Simone Weil parle d'une pensée tendue vers ce qu'il y a de meilleur que moi (et non pas ce qu'il y a de meilleur en moi) et qui permet à ce quelque chose de m'élever. Je ne suis pas à moi-même mon propre principe. Je ne me suis pas moi-même posé ; je ne puis pas non plus me hisser plus haut que ma condition. En ce sens il ne peut y a voir de transcendance au sein de l'immanence. Et au fond, cela condamne tout progrès ; car tout progrès est une avancée horizontale, et même une avancée qui va de moi jusqu'à moi ; alors que nous avons besoin d'une avancée verticale.

Par Severin - Publié dans : méditations
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Dimanche 13 juillet 2008 7 13 /07 /Juil /2008 00:17

    "Il y a deux athéismes dont l'un est une purification de la notion de Dieu" (Simone Weil, La pesanteur et la grâce).
    S'il y a un athéisme qui est une injure à la raison, c'est celui qui se veut le pourfendeur de l'idée de Dieu en l'homme. Par contre, l'athéisme fructueux consiste en ce mouvement de purification qui lutte, combat, contre la propension de l'homme à faire de l'anthropomorphisme. A. Comte-Sponville, dans un bel article consacré à Simone Weil, écrit à propos de cet athéisme - celui de Simone Weil - qu'il est "le refus de concéder quoi que ce soit à l'espérance, à la superstition, à ce que vous avez appelé la religiosité, c'est-à-dire la religion en tant qu'elle n'est que l'expression de nos désirs, de notre égoïsme et de notre angoisse" (Simone Weil, le grand passage).

Par Severin - Publié dans : citations
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 00:56

    "Nous avons commencé à philosopher par orgueil et par là nous avons perdu notre innocence ; alors nous avons vu notre nudité, depuis nous philosophons par nécessité pour trouver notre salut" (Lettre de Fichte à Jacobi).
    Juste pour ceux qui en douteraient encore : Nul ne philosophe véritablement, authentiquement, si ce n'est pour être sauvé, c'est-à-dire pour espérer "sortir de" (i.e. exister).
    Ici, nous trouvons deux mouvements : philosopher par orgueil ; philosopher par nécessité. Cela me rappelle ce que disait Jean Brun, je ne sais où, que l'homme veut reconstruire son paradis avec les moyens qui ont précipité sa chute.

Par Severin - Publié dans : citations
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 00:27

    "Le genre de philosophie que l'on choisit dépend du genre d'homme que l'on est" (Fichte, Oeuvres Choisies de Philosophie Première, p.253).
    Je ne peux pas affirmer connaitre parfaitement la philosophie de Fichte, mais cette citation mérite qu'on s'y attarde. Comment la comprendre ? Je dirais que chacun est mis en demeure de construire philosophiquement son existence. Et qu'il importe avant tout de choisir, à partir de sa propre existence, à partir de sa propre culture, de ses propres exigences et sur la base de ses seules forces, un itinéraire réflexif et concret. 
    Il me revient à l'esprit ce que disait à peu près Karl Jaspers, que l'on arrive pas à la philosophie sans passer tout d'abord par son histoire. "Chacun doit pour ainsi dire grimper le long du tronc des grandes oeuvres originales. Mais cette grimpée ne réussit que sous l'impulsion d'une présence actuelle, que par la réflexion philosophique personnelle éveillée par l'étude" (Introduction à la philosophie, p.160).
    Finalement, rien de plus subjectif qu'une orientation philosophique, rien de plus ancrée dans un vécu. D'où, bien entendu, la nécessité de chercher soi-même - non pas ses réponses - mais les réponses. Et Jaspers encore : "Choisir résolument mais ne pas se cramponner ; au contraire, examiner, corriger, et cela non au hasard, arbitrairement, mais avec le poids que prennent les tentatives lorsqu'elles continuent à exercer leur influence et qu'elles finissent par constituer une unité" (ibid., p.160-161).
   

Par Severin - Publié dans : citations
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Jeudi 10 juillet 2008 4 10 /07 /Juil /2008 00:00

    "Je pose mon poing dur sur la table du monde, je suis de ceux qui n'ont rien, qui veulent tout, je ne saurai jamais me résigner" (Benjamin Fondane, Le mal des fantômes).
    Le poète et philosophe roumain Benjamin Fondane, que l'on peut qualifier de penseur existentiel (malgré tous les a priori et les réductions qui s'attachent à ce terme, je le conserve) essaye de nous dire froidement ici son exigence spirituelle, loin de tous les cadres. Je peux même donner une autre citation, plus précisément la définition de la philosophie que nous trouvons dans la préface de son livre La conscience malheureuse et qui me semble éclairer notre propos : " L'acte par lequel l'existant pose sa propre existence, cherchant en lui et hors de lui, avec ou contre les évidences, les possibilités mêmes de vivre".
    Ce que certains demandent à la philosophie, Fondane le demandait à la poésie. Il pensait qu'il y a avait en elle de quoi nous convaincre de "l'obscure certitude que l'existence a un sens, un acte, un répondant".

Par Severin - Publié dans : citations
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Samedi 5 juillet 2008 6 05 /07 /Juil /2008 17:12

    Je vais essayer dans les lignes qui suivent de définir la philosophie selon deux optiques. Tout d'abord une définition générale, de telle sorte que nous trouvions un consensus (et que cela puisse servir aux élèves ou aux étudiants qui auraient la bonne idée de venir visiter ce blog) ; ensuite une définition toute personnelle (sous le titre : Philosophie (2)).
    Mais avant tout : l'étymologie. Nous trouvons le terme Philein (le verbe aimer) et Sophia (le nom sagesse). Le philosophe est, strictement, un ami de la sagesse.
    Le verbe aimer renvoie au désir. L'acte philosophique serait une quête amoureuse. Tandis qu'il faut comprendre la Sophia en deux sens : Un savoir et une éthique, autrement dit une théorie (theoria) et une pratique (praxis).
    
    La tradition attribue la paternité de ce terme à Pythagore (582-500 av. J.-C.) qui aurait renoncer à se dire sage, pour n'être plus qu'un ami de la sagesse.

    La Sophia :
    1/ Un savoir : Une théorie, une connaissance (theoria). Est-ce donc la notion de savoir ou de sagesse qui doit prédominer ? Le sage (Sophos) est-il celui qui sait des choses ? Est-il celui qui possède une grande culture, une culture encyclopédique ? Une érudition à toute épreuve ? Une connaissance impressionnante ?
    Solon, le législateur d'Athènes (VIIe-VIe siècle), l'un des Sept Sages, emploie le mot sophiê pour désigner l'activité poétique, qui est le fruit de longs exercices et de l'inspiration des Muses. Vraisemblablement ici, nous trouvons l'idée de contemplation qui préside à la connaissance. Car la sophia, en tant que savoir, implique une contemplation, un recul, une distance à prendre sur les choses avant de se prononcer.

    2/ Une Ethique : Une pratique, un savoir-faire (praxis). Pierre Hadot écrit : "Le savoir est au fond un savoir-faire, et le vrai savoir-faire est un savoir-faire le bien" (Qu'est-ce que la philosophie antique ?, p. 39).
    Dans l'Iliade, Homère parle du charpentier qui s'y connait en toute sophia, par la grâce de la déesse Athéna. Ici, il est fait référence à des activités et à des pratiques qui sont soumises à des mesures et à des règles, et qui supposent un enseignement et un apprentissage, qui exigent aussi le concours de la grâce divine.

    Il s'agit à présent de définir l'éthique, toujours dans le monde grec.

    L'éthique :
    C'est la partie de la philosophie qui traite du bien vivre. L'éthique est le prolongement du vrai savoir ; elle s'interroge sur les valeurs. Elle a pour objet les jugements d'appréciation s'appliquant à la distinction entre le bien et le mal.
    Selon les penseurs grecs il existe trois mode d'existence : 
    a/ La vie selon l'impératif du plaisir et du désir.
    Cette éthique reste dans les limites du respect d'autrui. Lz question est : Comme être heureux en tant qu'être social ? Le désir, en effet, est le propre de l'homme, comme le montreront quantité de philosophes, à commencer par Platon, mais aussi Augustin, Spinoza, Freud, etc. Aussi ne faut-il pas dénigrer le désir en tant qu'essence de l'homme, ni le redouter.
    b/ La vie politique.
    Il s'agit de tous ceux qui prennent plaisir dans le fait d'avoir des responsabilités dans la cité. Tous ceux qui jouissent du pouvoir. Il est nécessaire qu'il y ait de telles personnes dans la cité. Mais, Platon le démontre, le pouvoir corrompt, ou exacerbe la corruption. Il est difficile d'administrer correctement les affaires de la cité. Platon fut amené à reconnaitre que toutes les cités, à son époque, avaient un mauvais régime politique. C'est pourquoi, plus tard, il essaiera de jouer un rôle politique à Syracuse.
    c/ La vie théorétique.
    Tous ceux qui prennent plaisir dans la connaissance pure : les penseurs, chercheurs, artistes, etc. C'est un mode vie contemplatif. Pour Aristote la philosophie consiste dans un mode vie théorétique. Mais "théorétique" n'est pas "théorique". dans notre langage, théorique s'oppose à pratique, de même qu'abstrait s'oppose à concret. Selon Aristote, théorétique s'applique à une philosophie mise en pratique. D'une part, ce mode vie est un mode de connaissance qui a pour but le savoir par la contemplation ; et d'autre part, le mode de vie qui consiste à consacrer son existence à ce mode de connaissance. C'est une philosophie pratique et vécue que la vie théorétique.
   

Par Severin - Publié dans : concepts
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Vendredi 4 juillet 2008 5 04 /07 /Juil /2008 10:07

    "N'avez-vous pas entendu parler de cet homme insensé qui, ayant allumé une lanterne en plein midi courait sur la place publique et criait sans cesse : '' je cherche Dieu ! Je cherche Dieu !'' - Et comme là-bas se trouvaient précisément rassemblées beaucoup de ceux qui ne croyaient pas en Dieu, il suscita une grande hilarité. L'a-t-on perdu ? dit l'un. S'est-il égaré comme un enfant ? dit un autre. Ou bien se cache-t-il quelque part ? A-t-il peur de nous ? S'est-il embarqué ? A-t-il émigré ? - ainsi ils criaient et riaient tout à la fois. L'insensé se précipita au milieu d'eux et les perça de ses regards. ''Où est Dieu ? cria-t-il, je vais vous le dire ! Nous l'avons tué - vous et moi ! Nous tous sommes ses meutriers ! Mais comment avons-nous fait cela ? Comment avons-nous pu vider la mer ? Qui nous a donné l'éponge pour effacer l'horizon tout entier ? Qu'avons-nous fait à désenchaîner cette terre de son soleil ? Vers où roule-t-elle à présent ? Vers quoi nous porte son mouvement ? Loin de tous les soleils ? Ne sommes-nous pas précipités dans une chute continue ? Et cela en arrière, de côté, en avant, vers tous les côtés ? Est-il encore un haut et un bas ? N'errons-nous pas comme à travers un néant infini ? [...] Ne fait-il pas plus froid ? [...] Ne faut-il pas allumer les lanternes dès le matin ? N'entendons-nous rien encore du bruit des fossoyeurs qui ont enseveli Dieu ? [...] Dieu est mort ! Dieu reste mort !" (Le gai savoir § 125).

    Nietzsche fait entrer en scène un insensé qui parait, à l'évidence, à tous, extravagant. Il sait que l'annonce de la mort de Dieu ne peut pas encore être comprise par l'ensemble de ses contemporains. De façon prophétique - car je considère Nietzsche comme un prophète païen - il annonce ce qui aujourd'hui nous apparaît comme un diagnostic précis de notre situation à la fois intellectuelle, spirituelle et morale.
    L'horizon a disparu. Ce qui permettait de s'orienter et qui était valable pour tous (le soleil), cela a disparu, cela n'est plus ! L'orientation n'est plus possible. Il n'y a plus d'universels, de références valables et reconnus par tous. Pourquoi ? Parce que Dieu - l'Universel - est mort. Ce n'est pas uniquement le Dieu chrétien qui est visé ici, mais aussi tous les concepts universels de la métaphysiques, de la morale, de la religion occidentales, y compris les idéaux des Lumières et de la modernité. La mort de Dieu, c'est la mort de ce qui était commun à tous. Ainsi, c'est tout l'univers humain qui est mis cul par dessus tête.
    On pourrait objecter qu'un universel reconnu par tous et accepté n'a, strictement, jamais existé. En effet, les hommes se sont toujours disputés au sujet de ce qui devait être considéré comme vrai, mais universellement vrai. Ce n'est pas cela que conteste Nietzsche. Autefois les hommes entraient en débat au sujet de ce qui devait valoir universellement, au sujet de ce que devait être la vérité, de ce qui était censé être vrai pour tous. Tous les hommes ont supposé un universel, un horizon commun, une vérité ; ils ont connu un horizon qui permettait leur orientation. C'est cet universel qui a disparu, qu'il n'est plus possible de penser aujourd'hui. Autrefois la question de la vérité était mise au centre des discussions, des disputes et des débats. De nos jours, ces rencontres paraissent dépassées, paraissent d'un autre âge. Pourquoi ? Parce que nous ne connaîssons plus que des vérités individuelles, personnelles, subjectives, et donc relatives. Il n'est plus possible de concevoir de vérité englobante, d'orientation éthique universellement valable. Chacun aujourd'hui n'est-il pas devenu son propre horizon ? Chacun ne sait-il pas comment il doit se comporter et comment il doit vivre ?
    Dans un autre texte, Nietzsche dira que quelque chose de nouveau s'est passé, est survenu : l'individu. Là où Dieu est mort surgit l'individu ; là où l'horizon universel fait défaut, là triomphe l'individualisme. L'individu devient son propre projet. Et puisqu'il n'y a plus d'universel, l'individu ne peut même plus se confronter ; il lui manque un camp adverse ;il lui manque l'Autre, la radicale altérité. Là où l'homme et Dieu ne se font plus face, là où il n'y a plus de relation de l'universel à l'individuel, l'homme devient dieu. L'individuel acquiert un caractère d'obligation et devient la seule fin possible parce que la seule qui reste. C'est l'individuel qui devient alors l'universel. Comment l'homme poraa-t-il se former, comment pourra-t-il se fortifier, se structurer, s'il n'y a plus personne que lui-même pour lui résister en face ?

    Mais que pouvons-nous dire relativement à la notion de vérité ?
    Ce n'est plus Dieu ou la vérité universelle, qui est la fin dernière de l'existence, c'est l'homme qui, en définitive, se rapporte à lui-même. C'est alors que l'homme est, devient, volonté de puissance, selon l'expression nietzschéenne. Le monde entier est un fourmillement, une cohabitation, un ensemble, plus précisément un affrontement de volontés de puissance. C'est la volonté de puissance qui interprète le monde de manière à l'adapter à ses propres concepts, à ses propres théories. L'idée de vérité, telle que nous la concevons habituellement, devient une illusion. La volonté de puissance désigne en effet l'activité des pulsions et elle consiste à donner forme à la réalité, à l'interpéter, en fonction de ses propres besoins fondamentaux. La réalité tout entière doit être lue comme volonté de puissance. Le monde est un jeu infini de processus pulsionnels qui luttent, rivalisent, et s'interprètent mutuellement.
    Il n'y a pas d'objectivité de la vérité chez Nietzsche. Les affirmations d'une vérité objective ne résultent pas d'une désir désintéressé de connaître la vérité, mais ne sont que des interprétations, des déterminations, par lesquelles je prends le pouvoir, j'exerce la domination sur ce que je soumets à ma propre façon de voir. Tout homme ne peut qu'adapter les choses à ses propres idées, ne peut que s'affirmer lui-même ; c'est-à-dire qu'il s'impos et qu'il tente de dire et redire ses idées pour subjuguer les autres par ses interprétations.

Par Severin - Publié dans : modernité
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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 23:11

    Nous disons généralement que Blaise Pascal est le plus chrétien des philosophes.       
    Nietzsche écrivait quelque part (il faudrait que je retrouve les références) que le sang de Pascal - le plus grand des chrétiens - coule dans ses veines. Des philosophes contemporains, comme Pierre Hadot, Marcel Conche et André Comte-Sponville sont des lecteurs fidèles et respectueux du penseur de Port-Royal. C'est dire son importance parmi les philosophes athées ou tout au moins agnostiques.
    Pascal est un chercheur au sens plein ; il touche à tout et avec génie. Mais ce qu'il cherche, c'est la réalité vraie, la réalité vivante, concrète ; la réalité de l'existence.
    Pour Pascal, le christianisme seul peut donner les clefs qui permettent de déchiffrer l'énigme qu'est l'homme. Dans son oeuvre, principalement les Pensées, Pascal montre tour à tour les disproportions de l'homme, ses faiblesses, ses incohérences, ses contradictions. Ainsi, l'homme au sein de ses plus essentielles préoccupations, de ses plus grandes difficultés, se laisse distraire et divertir. Pascal écrit : "Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre nature qu'il emploie cette heure-là non à s'informer si l'arrêt est donné, mais à jouer au piquet". Au fond, rien ne tient, sauf le scepticisme à la Pyrrhon. Mais même ce dernier n'est pas sûr de sa propre incertitude.
    L'homme est cette créature coincée entre deux infinis qui, jamais, n'est dans la bonne mesure. 
    Il n'y a pas plus soucieux de la raison que Pascal, quoi que certains aient pû dire. Pour lui, le grand moment de la rationalité c'est lorsque la raison parvient à reconnaître ses limites, ses bornes, tout comme Kant le reconnaîtra plus tard dans son entreprise critique de la raison pure. La raison ne peut s'affirmer qu'au sein de limites conditionnées ; le reste du temps, elle n'est qu'incertitude et pyrrhonisme.
    Un vide est à combler ; une énigme est à résoudre, mais nous faisons comme si nous l'avions résolue. Nous nous comportons comme si nous savions.
    A la limite de la raison s'ajoute la circularité du discours, du langage. Il repose sur ce qui échappe à toute prise rationnelle. Ce sont les fameuses propositions de la géométrie, ce que Pascal appelle "les notions primitives". Nous avons à définir les mots qui définissent les propositions et nous remontons jusqu'aux limites de du langage. Comment expliciter alors l'énigme qu'est l'homme ? Le moi est hors d'atteinte. Où donc est le moi, sinon en celui qui l'a posé, à savoir le Christ des Evangiles !

    Dieu ne se laisse pas découvrir ; le ciel ne prouve pas Dieu. Certes, cela est vrai pour certains, mais faux pour la plupart. En ce sens Pascal annonce notre modernité. L'ordre du monde ne parle plus aux hommes.
    Dieu est un Dieu caché à ceux qui le fuient ; Il est Dieu qui se révèle et se laisse découvrir à ceux qui le cherchent de tout leur coeur.
    Ce n'est pas dire que la raison doit être discréditée. L'homme est incapable de parvenir à Dieu par la raison. Celui qu'il faut combattre, ce n'est pas le rationaliste, mais le libertin, c'est-à-dire le sceptique. Le sceptique est celui qui ne croit plus en la raison (Montaigne). En son fond il est fidéiste. Le doute est dangereux, pour Pascal, car il aboutit à l'athéisme.
    Raisonner c'est manipuler des sentiments. La vérité se trouve dans le sentiment. Et par ce biais l'imagination est capable d'ouvrir à l'intelligibilité. Ainsi, s'il existe une démonstration de tel ou tel théorème, alors j'imagine que telle proposition a du sens, alors mon imagination donne du sens à cette proposition.
    Il faut se méfier des philosophes. Avoir des dons de l'esprit n'empêche pas de se détruire soi-même, ni ne permet de trouver le repos. D'où le divertissement pour échapper à la condition énigmatique. Mais le divertissement est à la fois un remède (à l'angoisse de la condition humaine) et un poison.
    Absence de Dieu. L'homme doit remplir le vide par des comportements puérils. Par l'argent, la richesse, l'exercice du pouvoir ou de l'intelligence, les affaires : ces comportements obstruent l'interrogation profonde fixée dans le coeur de l'homme. L'esprit doit être occupé pour oublié de se contempler soi-même pour se connaître. Etre privé d'occupation est la plus grande condamnation/punition qui soit.

    Pour ce qui concerne la recherche, il ne faut pas croire par ouï-dire. Il faut en faire soi-même l'expérience ; il faut passer du ouï-dire à l'expérience subjective et individuelle. A la fin du Livre de Job, c'est ce que dit exactement le patriarche en s'adressant à Dieu : "J'avais ouï de mes oreilles parler de toi ; mais maintenant mon oeil t'a vu" (Job 42 : 5).
    Il nous faut des situations extrêmes pour entrevoir Dieu et comprendre ce qui se joue réellement dans l'existence. Pascal a souffert dans son corps. Il nous faut des expériences fortes pour que la pensée trouve du sens. Autrement elle apparait comme contradictoire. Pour accéder à la raison, c'est-à-dire à la compréhension, au sens, à ce qui se joue en nous, il faut des situations limites, comme le dira Karl Jaspers.
    Comme situation extrême, prenons l'exemple du deuil (cf Alain Cugno, dans une émission radiophonique sur Pascal du 28/06/02) : Si un proche décède, les données de la pensée se trouvent modifiées. Je dis habituellement : "Il est impossible que Dieu veuille la mort des gens". Mais une fois qu'un proche meurt, la raison cherche du sens : "J'espère bien que Dieu a voulu la mort de cette personne" sinon, cela n'a aucun sens. Ainsi, Dieu n'est plus injuste : j'ai introduit du sens au sein de la plus grande souffrance.

Par Severin - Publié dans : philosophes
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Jeudi 3 juillet 2008 4 03 /07 /Juil /2008 10:04

    Le christianisme fait l'objet de toutes sortes de reproches, d'attaques, de critiques. Parmi les conceptions les plus erronées, en voici trois sur lesquelles nous allons nous pencher.

    1/ Le christianisme serait faux :
    Je présume qu'on affirme qu'il est faux comme religion, comme système de pensée, comme "philosophie", etc. Il serait faux sur le plan historique (certains, comme Michel Onfray, affirment que Jésus est un personnage conceptuel...). La Bible serait donc fausse, car écrite par des hommes faillibles, par des pauvres illuminés, par des esprits faibles (au sens nietzschéen), par un ramassis de naïfs et de niais, gouvernés par leur pulsion de mort... J'en passe. Tout cela reste à démontrer, bien entendu.
    Je reviendrai sur tout cela.
    Il faudrait s'entendre sur ce qui est vrai. Si le christianisme est faux, en quoi est-il faut réellement ? Et si nous savons reconnaître ce qui est faux, je suppose que nous savons alors reconnaître le vrai. Nous devons alors définir les critères.
    Qu'est-ce donc qui est vrai ? LE vrai ? Quelle philosophie ? Quelle religion ? Quelle morale ? Quels sont les critères infaillibles que nous appliquons pour être assurés de la validité de ce que nous croyons ?
    Jésus-Christ dit à son Père : "Ta Parole est la vérité". Ni une église, ni un clergé, ni un maître à penser, ni une philosophie, etc.
   
    2/ Le christianisme serait ennuyeux :
    Serait-il vide, plat, monotone, constitué de tabous, d'interdtis, de règles, morales fastidieuses, de frustrations, etc. ? Bref, serait-il une religion ennuyeuse ?
    Nous n'y trouverions aucun intérêt particulier, ni sur un plan relationnel, ni sur un plan intellectuel, ni sur un plan spirituel. Bref, les chrétiens seraient une catégorie particulièrement stupide de l'humanité. Une catégorie qui se plairait à croire en quelque chose d'ennuyeux, de fade, d'inintéressant. Pourquoi pas ?
    Je ne connais pas personnellement de chrétien sérieux qui ait affirmé son profond ennui d'être chrétien, ni qui reconnaisse vivre une existence ennuyeuse. Au contraire. Du fait de sa radicalité, de sa spécificité, de sa cohérence ; du fait de ses richesses infinies, c'est n'avoir rien compris à la foi chrétienne que de la taxer d'ennuyeuse.

    3/ Le christianisme serait dépassé :
    Tout va tellement vite aujourd'hui qu'il est aisé d'affirmer sans risque de se tromper que ceci ou cela est toujours déjà dépassé. Dans l'idée de dépassement, il y a l'idée de vitesse : il faut aller de plus en plus vite sous peine d'être soi-même dépassé. Il faut être dans le vent (c'est l'ambition des feuilles mortes, disait quelqu'un). Une mode vestimentaire sera dépassée, une star du cinéma ou de la chanson. Mais aussi les mythes (même s'ils nous parlent de la condition humaine, de ses aspirations, inchangées depuis l'aube de l'humanité), une vision du monde scientifique, une construction métaphysique (même si la métaphysique est constitutive de notre rationalité)... En fait, ce qui est dépassé, c'est ce que l'homme construit : institutions, morales alternatives, religions, etc.
    Il paraitrait que le christianisme est dépassé ! Mais dépassé par quoi, par qui ; relativement à quoi, à qui .
    Affirmer son dépassement, c'est en faire quelque chose de purement humain : une religion pour l'Antiquité, pour le Moyen Âge... mais pas pour l'homme moderne, matérialiste, rationnel, éclairé par les lumières de la raison et du bon sens !
   
    Alors ! Le christianisme serait-il faux, ennuyeux, dépassé ?
    Les Réponses sont (seront) dans ce blog !

Par Severin - Publié dans : prédications
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Lundi 30 juin 2008 1 30 /06 /Juin /2008 08:38

    Félix Neff est né à Genève en 1797. Il est devenu chrétien en 1818. Il résida à Grenoble, puis à Mens, et dans les Hautes-Alpes, avant de s'éteindre d'épuisement en 1829 à Genève. Son existence fut courte mais intense, toute orientée à vivre selon ce en quoi il croyait : L'évangile ; selon Celui en qui il croyait : Jésus-Christ.
Voici quelques points de sa théologie pratique sur lesquels je désire m'arrêter :

1/ Rien de bon n'habite en moi :
    Dès sa conversion Félix Neff a pris connaissance de sa parfaire indignité devant Dieu. Il a été aidé en cela, outre la lecture de la Bible, par un petit traité intitulé : Le miel découlant du Rocher. L'auteur de cet écrit s'emploie essentiellement à montrer toute notre misère, ainsi que les efforts déesepérés de notre nature pour vivre selon les exigences divines, ou selon ses propres critères moraux.
    C'est un petit livre que Neff apprit à connaître par coeur. Il encourageait l'église à le lire et à le méditer. Voici un extrait, significatif, qui souligne mon propos :
    "Si jamais vous avez appris à connaître véritablement Jésus-Christ, vous n'avez découvert en lui que pure grâce, que justice parfaite, qui abonde infiniment sur tout péché et sur toute misère humaine. Si vous avez véritablement vu et connu Jésus-Christ, vous pouvez fouler aux pieds la justice des hommes et des anges, plutôt que de chercher, par l'une ou par l'autre, un libre accès auprès de Dieu. Si jamais vous l'avez connu, vous devez l'avoir perçu comme le rocher du salut, infiniment élevé au-dessus de toute propre justice, de même qu'au-dessus de Satan et du péché (Psaume 61 : 3). Et ce rocher, qui est Christ, vous suivra partout (1 Corinthiens 10 : 4). C'est de lui que découle continuellement le Miel de la grâce qui peut vous rassasier".
   C'est normalement l'expérience que connait tout chrétien authentique. Et pour finir, voici un extrait de sa biographie :
    "Quiconque ne sent pas la réalité de ces choses, qui les trouve ou exégérés ou obscures, est encore lui-même environné de profondes ténèbres [...] Mais lorsqu'une longue et triste expérience m'eut appris à connaître ma faiblesse et mon indignité ; lorsqu'après mille voeux inutiles, et mille efforts infructueux, je sentis enfin qu'en moi n'habite aucun bien (Romains 7 : 18), et malgré ma résistance, j'étais entraîné vers la perdition par une force invincible ; quand il me fut possible de ne plus douter, qu'avec toutes mes prétentions et mes vertus, je n'étais au fond qu'un vil esclave du péché, un enfant de colère et de rébellion, aussi indigne qu'incapable de goûter les délices du royaume de Dieu, je m'estimai bien heureux de trouver un livre qui, dépeignant avec la plus exacte vérité le misérable état de mon coeur, m'indiquait un remède gratuit et le seul efficace [...] Je reçus avec joie la bonne nouvelle qu'il annonçait, savoir que nous devons aller à Christ avec toutes nous souillures, toute notre incrédulité et notre impénitence" (F.N. L'apôtre des Hautes-Alpes, pp. 23-24).

2/ Fidélité à la Bible :
    Si Félix Neff a pu être utilisé par Dieu, c'est parce que La Bible était pour lui un fondement assuré. Il dit à plusieurs reprises que la Parole de Dieu est sa seule autorité. Nous lisons dans sa biographie :
    "Je crois que ce changement <Neff parle de la conversion qui engendre une nature nouvelle> est le résultat d'une foi véritable. Je crois qu'à partir de cette nouvelle naissance, nous sommes appelés à nourrir ce nouvel homme par la Parole de Dieu, la prière et tous les moyens d'édification à notre portée ; et que nous devons veiller sur nous-mêmes, usant fidèlement de tous les secours et de toutes les grâces de Dieu, de peur d'être séparés de Christ, et rejetés comme le sarment qui ne porte pas de fruit" (ibid. p. 67).
    "Sa foi, sa religion, son christianisme, sa théologie avaient leur source, leur raison d'être dans l'Ecriture. Il n'était croyant, chrétien, ministre de l'Evangile, conducteur d'âmes, pasteur, qu'à cette condition. En dehors de l'Ecriture, il n'y avait à ses yeux qu'incertitude. Il se courbait devant le Livre, mettait tous ses soins à se laisser enseigner par lui ; il lui soumettait son intelligence, il prêtait l'oreille à son langage comme à celui d'un ami, d'un maître donnant des leçons" (p. 184).

3/ Intransigeant avec la vérité :
    Félix Neff était intransigeant avec la vérité de la Parole. Nous avons, dans cette même Parole, l'exemple d'un Paul (cf. Galates, 1 Corinthiens), d'un Jean (5 des 7 lettres destinées aux églises de l'Apocalypse), des prophètes dans l'Ancien Testament ; et bien sûr l'exemple de Jésus-Christ lui-même. Félix Neff était aussi possédé par cette intransigeance salutaire :
    "Quand il s'adressait à des chrétiens, à des pasteurs, à des théologiens, une fois que la question du salut ne se posait plus, Neff ne laissait jamais passer l'erreur sans la dénoncer avec une franchise, une vigueur exemplaire. Il n'était pas polémiste par goût,  bien au contraire ; mais il savait que, pour les idées, il n'y a pas de charité et que l'erreur est génératrice de péché" Ibid. p. 196).

4/ Amour pour les frères et le prochains :
    Une saine intransigeance, nécessaire pour préserver la vérité biblique, doit être tempérée, ou plus exactement équilibrée, par l'amour de l'autre, par l'amour pour l'autre. Nous nous réfèrerons à nouveau à la biographie :
    "Si nous aimons les âmes, nous ne désirerons rien tant que de les atteindre pour leur annoncer la bonne nouvelle ; nous éviterons avec soin tout ce qui pourrait les prévenir contre nous ; et nous sacrifierons volontiers, pour le salut des âmes immortelles, notre propre opinion ou notre entêtement" (Ibid. p. 186).
    "Neff professait la vérité, avec intransigeance, envers et contre tous, mais il la professait dans la charité. Sous un extérieur austère et froid, le ''caporal au coeur d'acier'', comme Bost l'appelait, cachait une âme profondément sensible. en 1823 déjà, il écrivait ces lignes : ''Exhortons-nous aussi les uns les autres à la charité et à la miséricorde. Nous en avons grand besoin, et nous ne savons pas en user avec autrui. soyons bons, même avec les plus grands ennemis ; haïssons leurs oeuvres ; combattons leurs principes ; empêchons-les, autant que possible, d'obscurcir le conseil de Dieu ; mais aimons leurs âmes ; prions pour eux ; plaignons leur aveuglement, et témoignons-leur une affection véritable" (Ibid. pp. 203-204).

5/ l'importance de l'édification mutuelle :
    Nous ne redirons jamais assez la nécessité des réunions fraternelles. Pour Félix Neff, l'église était avant tout le lieu où se réunissent les frères. Nous nous rappelons ce que dit Jésus-Chrsit lui-même : là où deux ou trois sont assemblés, je suis au milieu d'eux. Neff s'appropriait cette affirmation. Nous lisons encore :
    "Pour Neff, les assemblées d'édification mutuelle sont un rouage essentiel de l'église. Il l'a répété avec une énergie, une constance peu communes. cette base de son activité, il l'organise partout, la dirige avc un soin minutieux ; il en attend, il en obtient le réveil [...] ''Je regarderais toujours, écrit-il encore, comme le devoir des chrétiens de se réunir en véritable Eglise, séparée ou non, pour vivre dans la discipline évangélique. Je n'insisterai pas sur la forme et le mot, mais beaucoup sur la chose ; et alors, non seulement je la dis essentielle et ordonnée par le Seigneur, mais je regarde comme une grâce inappréciable d'être joint à un tel troupeau" (Ibid. pp. 188-189).

6/ Conclusion :
    En des temps difficiles où les églises sombraient dans le rationalisme et dans une sorte de libéralisme doctrinal (en cela notre époque n'est pas très éloignée de celle de Neff), ce dernier a su retrouver l'esprit d'hommes tels que Augustin, Calvin, Pascal, Whitefield, Edwards, etc. Tout comme eux il était animé d'une profonde conviction de la réalité de la misère morale et spirituelle de l'homme, par la certitude expérimentale de son incapacité à faire le bien selon les exigences divines ; mais en contrepartie il savait tout autant s'appuyer avec confiance sur Jésus-Christ et était saisi par un zèle pour les perdus et pour l'église. Entièrement soumis à la Parole de Dieu, il a su se garder de tout dogmatisme, de tout esprit de système ; il a su ne pas regarder aux étiquettes religieuses que l'on colle si facilement sur le front de ceux qui n'aoppartiennent pas à la notre chapelle. Malgré ses nombreuses faiblesses, il a su garder un équilibre spirituel, en dépit de sa solitude, de ses difficultés avec les autorités qui ne le comprirent que trop rarement. Sa vie a été courte mais ardente ; et elle doit, encore aujourd'hui, stimuler tout chrétien qui cherche à approfondir sa foi. Je termine avec cette dernière parole écrite peu de temps avant sa mort :
    "Ah ! chers amis ! combien nous perdons de temps, de combien de bénédictions et de grâces nous nous privons en vivant éloignés de Dieu, dans la légèreté, dans la distraction, dans la recherche des choses périssables, dans la satisfaction de la chair et de l'amour-propre ! C'est maintenant que je le sens ; et vous le sentirez au jour de l'épreuve. Rachetez donc le temps, je ne puis trop vous le répéter ; vivez en Dieu, par la foi, par la prière, par des entretiens sérieux. Je ne puis et ne veux être sauvé que comme le dernier des pécheurs, que comme le brigand converti sur la croix." (Ibid. p. 223).

Par Severin - Publié dans : hommes de Dieu
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