Blaise Pascal

Publié le par Severin

    Nous disons généralement que Blaise Pascal est le plus chrétien des philosophes.       
    Nietzsche écrivait quelque part (il faudrait que je retrouve les références) que le sang de Pascal - le plus grand des chrétiens - coule dans ses veines. Des philosophes contemporains, comme Pierre Hadot, Marcel Conche et André Comte-Sponville sont des lecteurs fidèles et respectueux du penseur de Port-Royal. C'est dire son importance parmi les philosophes athées ou tout au moins agnostiques.
    Pascal est un chercheur au sens plein ; il touche à tout et avec génie. Mais ce qu'il cherche, c'est la réalité vraie, la réalité vivante, concrète ; la réalité de l'existence.
    Pour Pascal, le christianisme seul peut donner les clefs qui permettent de déchiffrer l'énigme qu'est l'homme. Dans son oeuvre, principalement les Pensées, Pascal montre tour à tour les disproportions de l'homme, ses faiblesses, ses incohérences, ses contradictions. Ainsi, l'homme au sein de ses plus essentielles préoccupations, de ses plus grandes difficultés, se laisse distraire et divertir. Pascal écrit : "Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre nature qu'il emploie cette heure-là non à s'informer si l'arrêt est donné, mais à jouer au piquet". Au fond, rien ne tient, sauf le scepticisme à la Pyrrhon. Mais même ce dernier n'est pas sûr de sa propre incertitude.
    L'homme est cette créature coincée entre deux infinis qui, jamais, n'est dans la bonne mesure. 
    Il n'y a pas plus soucieux de la raison que Pascal, quoi que certains aient pû dire. Pour lui, le grand moment de la rationalité c'est lorsque la raison parvient à reconnaître ses limites, ses bornes, tout comme Kant le reconnaîtra plus tard dans son entreprise critique de la raison pure. La raison ne peut s'affirmer qu'au sein de limites conditionnées ; le reste du temps, elle n'est qu'incertitude et pyrrhonisme.
    Un vide est à combler ; une énigme est à résoudre, mais nous faisons comme si nous l'avions résolue. Nous nous comportons comme si nous savions.
    A la limite de la raison s'ajoute la circularité du discours, du langage. Il repose sur ce qui échappe à toute prise rationnelle. Ce sont les fameuses propositions de la géométrie, ce que Pascal appelle "les notions primitives". Nous avons à définir les mots qui définissent les propositions et nous remontons jusqu'aux limites de du langage. Comment expliciter alors l'énigme qu'est l'homme ? Le moi est hors d'atteinte. Où donc est le moi, sinon en celui qui l'a posé, à savoir le Christ des Evangiles !

    Dieu ne se laisse pas découvrir ; le ciel ne prouve pas Dieu. Certes, cela est vrai pour certains, mais faux pour la plupart. En ce sens Pascal annonce notre modernité. L'ordre du monde ne parle plus aux hommes.
    Dieu est un Dieu caché à ceux qui le fuient ; Il est Dieu qui se révèle et se laisse découvrir à ceux qui le cherchent de tout leur coeur.
    Ce n'est pas dire que la raison doit être discréditée. L'homme est incapable de parvenir à Dieu par la raison. Celui qu'il faut combattre, ce n'est pas le rationaliste, mais le libertin, c'est-à-dire le sceptique. Le sceptique est celui qui ne croit plus en la raison (Montaigne). En son fond il est fidéiste. Le doute est dangereux, pour Pascal, car il aboutit à l'athéisme.
    Raisonner c'est manipuler des sentiments. La vérité se trouve dans le sentiment. Et par ce biais l'imagination est capable d'ouvrir à l'intelligibilité. Ainsi, s'il existe une démonstration de tel ou tel théorème, alors j'imagine que telle proposition a du sens, alors mon imagination donne du sens à cette proposition.
    Il faut se méfier des philosophes. Avoir des dons de l'esprit n'empêche pas de se détruire soi-même, ni ne permet de trouver le repos. D'où le divertissement pour échapper à la condition énigmatique. Mais le divertissement est à la fois un remède (à l'angoisse de la condition humaine) et un poison.
    Absence de Dieu. L'homme doit remplir le vide par des comportements puérils. Par l'argent, la richesse, l'exercice du pouvoir ou de l'intelligence, les affaires : ces comportements obstruent l'interrogation profonde fixée dans le coeur de l'homme. L'esprit doit être occupé pour oublié de se contempler soi-même pour se connaître. Etre privé d'occupation est la plus grande condamnation/punition qui soit.

    Pour ce qui concerne la recherche, il ne faut pas croire par ouï-dire. Il faut en faire soi-même l'expérience ; il faut passer du ouï-dire à l'expérience subjective et individuelle. A la fin du Livre de Job, c'est ce que dit exactement le patriarche en s'adressant à Dieu : "J'avais ouï de mes oreilles parler de toi ; mais maintenant mon oeil t'a vu" (Job 42 : 5).
    Il nous faut des situations extrêmes pour entrevoir Dieu et comprendre ce qui se joue réellement dans l'existence. Pascal a souffert dans son corps. Il nous faut des expériences fortes pour que la pensée trouve du sens. Autrement elle apparait comme contradictoire. Pour accéder à la raison, c'est-à-dire à la compréhension, au sens, à ce qui se joue en nous, il faut des situations limites, comme le dira Karl Jaspers.
    Comme situation extrême, prenons l'exemple du deuil (cf Alain Cugno, dans une émission radiophonique sur Pascal du 28/06/02) : Si un proche décède, les données de la pensée se trouvent modifiées. Je dis habituellement : "Il est impossible que Dieu veuille la mort des gens". Mais une fois qu'un proche meurt, la raison cherche du sens : "J'espère bien que Dieu a voulu la mort de cette personne" sinon, cela n'a aucun sens. Ainsi, Dieu n'est plus injuste : j'ai introduit du sens au sein de la plus grande souffrance.

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